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L'hôpital du XXIe siècle : quelle éthique ?

Paru dans le CEP, journal régional réformé, n°449 *janvier 2003

Équipe Régionale d"Aumônerie Hospitalière
François P. Rochat

Question pertinente qui en soulève bien d'autres : quel hôpital au siècle nouveau ? Hôpital high tec ou lieu d'hospitalité et de solidarité? Éthique pour qui et par qui? II s'agit là d'éthique médicale bien sûr, mais qui intéresse aussi bien les médecins que les acteurs de santé ou les patients potentiels que nous sommes.

Voici quelques éléments de réflexion entendus au fil des interventions de plusieurs « éthiciens », médecins, directeurs d'hôpitaux, sociologues, philosophes, qui se sont succédé tout au long d'une récente journée parisienne de travail sur ce thème.

Cette démarche éthique risque fort d'être dérangeante, voire polémique, et même « poil à gratter » dès lors qu'elle a pour but à la fois de critiquer les pratiques médicales et d'affermir les compétences pour un meilleur soin des personnes souffrantes. Elle vise certes à l'évaluation des pratiques médicales, mais sans constituer pour autant une nouvelle spécialité: elle se veut force de questionnement, ouverte aux échanges multidisciplinaires et ce, avant tout, au service du patient. Et si l'espérance en était le fil rouge ?

L'histoire hospitalière française est depuis des siècles une oscillation entre accueil social de la misère et offre d'une compétence technique de soins à tous, entre social et médical. La notion de prise en charge globale de la personne permet-elle de conjuguer ces deux dimensions ? L'hôpital peut-il et doit-il assumer la globalité de la prise en charge de toute situation ? Un responsable du ministère de la santé affirme que l'éthique du service public est de faire valoir un double impératif: l'inviolabilité des individus, impliquant le respect de chacun, une attitude d'empathie, et la non-ségrégation, c'est-à-dire l'égal respect et l'égalité des droits pour chaque individu.

On sait aussi que l'hôpital est devenu un lieu où s'entrechoquent entre autres les enjeux médicaux et économiques: sont-ils régulés par des systèmes normatifs offrant aux professionnels, comme aussi aux « usagers », des garanties d'ordre, de sécurité et de qualité, permettant de réels échanges et l'expression de la diversité des points de vue ? La circulation de l'information, « l'info-éthique » est ici déterminante; elle permet le discernement et l'écoute des éléments de divergence et des « signaux faibles ».

D'où cette double question :

• Peut-on demeurer indifférent aux conséquences de malentendus, entorses ou fractures impliquant l'info-éthique et donc le lien social ?

• Peut-on demeurer indifférent aux besoins contemporains de sens ? À l'époque où les échanges sont tellement facilités par les technologies, il faut tenter de comprendre ce que l'on vit, il faut acquérir cette dignité-là.

Un aspect nouveau de la mission de l'hôpital se nomme « réseaux de santé », ou réseau ville-hôpital: réconciliant le médical et le social, comme aussi la médecine de ville et la pratique hospitalière. La consultation exige certes beaucoup de temps, mais ouvre bien des possibilités d'éducation de la santé, de prévention, et avant tout d'écoute personnalisée de chaque personne en situation de vulnérabilité. Le médecin est là, conseiller tout autant que thérapeute.

Visant au respect de chaque individu dans sa personne et son besoin d'autonomie, dans sa situation de vulnérabilité, de précarité ou de handicap (le handicap c'est, à un moment donné, pour une personne, le fait de se trouver confronté à une situation incompatible avec ses capacités), dans son consentement ou son refus de soins ; la démarche éthique ne peut que maintenir la tension entre les diverses modalités hospitalières, en particulier entre l'hôpital plateau technique et l'accueil médico-social qui en reste une indispensable composante. Si « la souffrance est avec la jouissance le refuge ultime de la singularité » (Paul Ricoeur), il faut réfléchir et agir pour que l'hôpital ne soit pas avec la rue la retraite ultime de la souffrance.

C'est dans cette perspective que se créent des « espaces éthiques », lieux d'échanges et d'enseignement universitaire, lieux de formations, de recherches, d'évaluations et de propositions critiques portant sur l'éthique hospitalière et de soin. Dans ces lieux de résistance, il faut servir les valeurs du soin et accompagner l'émergence d'une culture du soin pour les patients et pour les soignants. L'éthique ne peut être la pensée unique, mais bien un questionnement, un échange pluri­disciplinaire (impliquant des philosophes, des juristes, des théologiens...)... Un lieu où circule la parole des citoyens que nous sommes.