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Introduction

 

par le Professeur Didier Sicard,
ancien chef de service de médecine interne à l'hôpital Cochin, président du comité consultatif national d’éthique

La santé n’est pas seulement un problème de médecine, elle demeure une responsabilité individuelle et collective.

Individuelle, car chacun connaît parfaitement les nuisances qui sont source de maladie : alcool, tabac, drogue commençant avec le haschich, absence d’exercice physique, désordre alimentaire, exposition aux nuisances sonores, consommation excessive de psychotropes....

Collective, car la consommation insensée de soins et de moyens diagnostiques à des fins personnelles, sans discernement, met en péril les ressources pour les plus démunis et les plus gravement atteints.

La santé est donc un problème de société qui ne se limite pas à la question du financement de la Sécurité Sociale. Or, trop souvent tout se réduit à cette question ; sans s’interroger sur le sens du maintien en bonne santé et sur sa propre responsabilité pour y parvenir.

La médicalisation à outrance de la prévention au détriment des modifications de comportement conduit à une spirale ascendante sans fin, qui dépend plus des moyens techniques mis à disposition que de leur réelle nécessité.

Les principaux enjeux du futur sont à mon sens :

1. La contradiction croissance entre l’accélération du progrès scientifique et la diminution de l’accès aux soins en raison de la délégation irréversible au marché des moyens disponibles.

2. Le discernement nécessaire à la mise en jeu des traitements et des techniques diagnostiques afin qu’ils restent des moyens d’investigation et non des prothèses source de bien être.

3. La nécessité d’avoir une santé publique de haut niveau avec des chiffres épidémiologiques indéfiniment révisés pour bâtir des stratégies à moyen ou à long terme, au rapport coût–bénéfice favorable.

4. L’absence de rapport direct entre la consommation de biens de santé et le maintien en bonne santé.

5. L’attention nécessaire aux plus démunis, personnes âgées, personnes porteuses d’un handicap, personnes démunies, étrangers en situation irrégulière ou non qui paradoxalement se réduit à mesure que la médecine progresse.

6. La nécessaire évaluation permanente des effets négatifs sur la santé des négligences, excès thérapeutiques, erreurs de prescription.

7. La réflexion à mener sur le caractère abusif et initial de certains dépistages.

8. La réflexion sur les conséquences économiques et culturelles d’une médicalisation à outrance des comportements.